Analyse financière / peter greenfinch / ch.4

Analyse de bilan:

critères de patrimoine ou de solvabilité ?

 

pi-egg.gif   Préalable : c'est quoi la "méthode des ratios" ?

Ayant des chiffres du bilan en main [ch.3], nous pouvons "tirer des ratios".

Ce sont des rapports entre deux Postes ou deux groupes de Postes comptables.

Par exemple 400 ME / 900 ME = 0,44 ou 44%.

Tirer deux lapins de son chapeau et faire un seul civet, transformer plusieurs chiffres en un seul

- des magiciens à la Potter, ces analystes - sert à montrer de façon simple s'il y a des déséquilibres

ou des insuffisances dans la situation financière de l'entreprise.

Mais l'analyse des ratios ne s'arrête pas là : il est indispensable de comparer ces ratios

Avant d'explorer l'univers des ratios, réaffichons le bilan, mais cette fois distinguons le "haut du bilan" et le bas

Nous découvrirons, restons pudiques, d'abord le haut.

Bilan (très résumé) de SOUPE S.A. (31.12.05, milliards d'Euros)

ACTIF

PASSIF

Immobilisations (nettes) 12,20 Capitaux propres

Subventions, provisions

Dettes à long / moyen terme

7,30

0,80

6,00

       

Valeurs d'exploitation (stocks...)

Réalisables et disponibles

Perte

3,50

5,80$

0$

Dettes à court terme

Bénéfice

6,80

0,60

Total ACTIF

21,50

Total PASSIF

21,50

  Valeur du patrimoine : Actif net, Capitaux propres

L'analyse du bilan va d'abord s'intéresser aux richesses que possède l'entreprise, diminuées de ses dettes.

pi-arrig.gif De l'Actif net aux Capitaux propres

Si l'on soustrait du montant des richesses engrangées dans l'Actif du bilan la partie qui sert à "couvrir"

les dettes figurant au Passif, ce qui reste peut être considéré grosso modo comme le patrimoine qui

appartient à l'actionnaire.

On l'appelle "l'Actif net comptable" ou "Situation nette". Pour SOUPE SA, on a, en ME

Actif total

21,50

- Dettes

12,80

= Actif net comptable

8,70

Vous allez dire que le patrimoine comptable des actionnaires, c'est plutôt les fonds propres, soit 7,3 + 0,6 de bénéfice = 7,9.

C'est vous qui êtes dans le vrai. Mais alors quelle est la différence entre les fonds propres et l'actif net ?

On voit que les 8,7 d'actif net comptable sont la somme des fonds propres (7,9 avec les bénéfices) et

des Subventions / Provisions (0,8).

C'est normal puisque enlever les dettes du total de l'Actif revient à les enlever aussi du total du Passif.

Il reste donc bien les Capitaux propres et Subventions/Provisions.

Vous l'avez compris, les Provisions et Subventions (0,8) font la différence

entre l'Actif net (8,7) et les Capitaux propres (7,3 + 0,6 = 7,9).

Pourquoi insister comme des boeufs là-dessus?

C'est, chers amis, que des gens, moins avertis que vous, confondent souvent ces deux notions, il est vrai voisines de palier.

Actif net réel, Capitaux propres corrigés, cas des bilans consolidés...

Nous avons parlé de ces notions au [ch.3] pour vous faire comprendre comment on peut corriger ("retraiter", on dit)

les chiffres comptables d'un bilan s'ils paraissent irréalistes.

Toutefois ces corrections n'étaient basées, vous l'avez bien compris, que sur des hypothèses.

Alors pour faire simple, et vous éviter de crier au tortionnaire qui n'aurait d'autre but que de vous compliquer la vie,

nous nous abstiendrons de prendre ces chiffres corrigés dans le calcul des ratios que nous allons maintenant expliquer.

Nous nous contenterons de prendre les chiffres comptables qui figurent plus haut sur la présente page. Sympa, trouvez pas ?

  L'argent est-il disponible: ratios de solvabilité et d'indépendance financière

L'analyse du bilan ne sert pas seulement à voir si l'entreprise

a des richesses dans son coffre à bijoux,

mais aussi à s'assurer que son financement est solide et équilibré.

Effet de levier et ratio de solvabilité générale

Le bilan sert notamment à voir si la société est très ou peu endettée.

D'accord, mais pourquoi ?

Le crédit est à première vue très utile.

Il est même fructueux quand les taux d'intérêt réels (= hors inflation) sont bas et les perspectives de rentabilité importantes.

Il aide l'entreprise à acquérir les actifs nécessaires pour se développer, tout en demandant peu d'injection de capital

par les actionnaires, et en améliorant le bénéfice pour leur plus grand bien.

C'est "l'effet de levier financier".

Alors, hein, pourquoi se priver de s'endetter à la louche ?

C'est qu'il y a une limite à l'endettement, au delà de laquelle l'entreprise va se retrouver "coincée" quand la conjonctur

se retournera ou que, ceci précède souvent cela, les taux d'intérêt réels monteront.

Cette entreprise plombée par son ardoise sera alors défaillante, ne pouvant plus payer ses intérêts et encore moins

rembourser ses dettes comme l'exigeront ses créanciers, eux aussi rendus inquiets par la situation.

Cela aussi, c'est l'effet de levier, cette fois dans le mauvais sens.

Commissaire, il y a des traces de sang sur le levier !

Il y a donc une proportion, et même, disons le mot, un équilibre, une harmonie, à respecter globalement entre :

* Au numérateur, toutes les dettes (en y ajoutant, si besoin est, une pincée, par exemple 10 %

des engagements hors bilan, et les encours de crédit-bail)

* Au dénominateur, l'actif net (éventuellement corrigé si l'actif net réel est très différent).

En fait, on fabrique autrement notre premier ratio (eh oui, il est temps de commencer notre collection,

c'est très beau des ratios exposés sous verre comme des papillons).

Au dénominateur on met simplement le total du Passif, et au numérateur les dettes.

On obtient le "ratio de solvabilité générale".

Il donne une indication sur la possibilité de l'entreprise de faire face à ses dettes sur la durée (*)

Pour SOUPE SA, ce ratio est de   ==> 12,8 / 21,5 = 0,60 (ou 60 %).

Un peu limite, ce ratio : le poids des dettes est un peu lourd pour voyager loin !

On considère toutefois qu'il ne doit pas dépasser 50-60 % dans les pays où les crédits fournisseurs sont rares,

et 70-75 % dans les pays latins comme la France ou règne cet usage, folklorique et dangereux du "crédit fournisseur"

(dangereux même pour le bénéficiaire, qui peut s'en trouver privé à la moindre alerte) atteignant parfois 3 mois d'achats.

(*) Si on s'intéresse plutôt aux échéances les plus proches, pour savoir si l'entreprise ne se retrouvera

pas à flotter le ventre en l'air à la fin du mois, on regarde d'abord le "ratio de liquidité", et ça c'est

l'affaire du chapitre suivant ch.4bis).

Autre approche de la solvabilité : capitaux stables et ratio d'indépendance financière

On regarde aussi, c'est tout aussi important en matière de solvabilité le "ratio d'indépendance financière".

C'est le rapport: Actif net (*) / Capitaux stables

(*) Ou, dans une définition un peu plus restrictive que nous n'avons pas retenue ici, mais considérée

souvent comme plus orthodoxe, les capitaux propres, souvent un peu inférieurs à l'Actif net

comme vu dans le chapitre précédent.

C'est quoi les "Capitaux stables" (ou "Capitaux permanents") ?

C'est tout ce qui n'est pas financé à CT, autrement dit le total (Actif net + Dettes MLT).

Pour SOUPE S.A., ce ratio est de   ==> 8,7 / 14,7 = 0,59 (ou 59 %)

En dessous de 40-50 % (*) on risquerait vite que ce petit capital soit mangé comme le petit chaperon rouge

et que les dettes MLT deviennent un poids écrasant à rémunérer et à rembourser.

(*) ou même 60-70 % pour les entreprises ayant des projets dont le coût est difficile à cerner

et / ou dont les résultats constituent un pari.

Attention aux faux capitaux propres, ou le mystère de la grande pyramide

L'effet de pyramide, c'est la superposition de plusieurs effets de levier financier (accumulation d'endettements).

Leurs incidences se multiplient entre elles.

C'est ainsi que, avec 1 F de capital et 10, 15 ou 20 F de dettes,

on obtient 11, 16 ou 21 F d'Actif et 1, 2 ou 3 F de bénéfices... ou, dès que cela tourne mal, de pertes.

Il y a plusieurs façons de monter une telle pyramide et il faut savoir s'en méfier.

Par exemple dans une LBO (rachat d'une entreprise par financement à levier) il peut se faire que:

* La société-mère (dite aussi "holding") a, disons, 15 ME de Capital et 85 ME de Dettes.

* Sa filiale à 100 % a, de son côté, disons 100 ME de Capital et 150 ME de Dettes.

N'allez pas additionner ce capital avec celui de la mère

==>  En effet, pour 15 ME c'est le même capital, et pour 85 ME il a été payé par les dettes de cette société-mère!

* Cette filiale a 250 ME de Dettes.

Les dettes (sauf celles entre les deux sociétés), elles, s'additionnent

==>  On a 15 ME de Capital face à 235 ME de Dettes. Le levier est de 16.

Certains groupes ont plusieurs étages de holdings, filiales, sous filiales etc. en cascade

* Si à chaque niveau l'endettement est de 50 %, et s'il y a quatre étages

 avec à chaque fois 1 euro de capitaux propres pour 2 de capitaux totaux

 ==> Le levier est de 16 (eh oui, 2 puissance 4) ... enfin tant que les Capitaux propres n'on pas disparu au moindre coup de torchon.

On peut aussi, d'OPE en OPA, pour les entreprises cotées en bourse, construire sa pyramide en gonflant alternativement

1) les PER (Price / earnings ratio ou ratio cours / bénéfice par action) par "relution",

2) les cours d'actions (par des OPE),

3) l'endettement (par des OPA financées par du crédit)

Nous avons parlé de ces montages, et de leurs risques, dans le chapitre traitant du nombre d'actions. Enfin, dans une autre vie,

c'est pas sur ce site, peut-être que je l'y mettrais un jour, mais ceux qui s'y connaissent en bourse auront compris, faut bien

qu'ils soient avantagés, pas vrai ?

 

Vous voyez qu'il faut "consolider" le bilan pour reconstituer le puzzle, ramener à sa valeur réelle ce "Capital" qui sert plusieurs fois,

et additionner toutes les dettes qui s'accumulent aux divers étages de la pyramide.

Ce n'est qu'après l'avoir reconstitué que l'on peut tirer les vrais ratios d'endettement du groupe.

 

Mais ce n'est pas le tout. Certes, savoir si l'entreprise est - en gros et sur la durée - solvable, c'est bien, c'est déjà l'hygiène minimum.

Mais il nous faut aussi analyser sa liquidité, à partir de son bas de bilan, pour voir si elle passera la fin de mois [ch.4bis].

Publié sur les sites :
    p. greenfinch [ch.1] [ch.2][ch.3] [ch.4][ch.4bis]

                               [ch.5][ch.6][ch.7][ch.8][[ch.9][ch.10]

et Zonebourse, (ch. 1/2/3 seulement, en 10/2000, rubrique "Analyse Fondamentale"

Dern. mise à jour cette page 31/01/12          P précéd. [zb]
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