OSEZ ETRE ENNUYEUX

Commentaire de Peter Greenfinch

Allan Roth, dans sa contribution "Dare to be dull" (Osez être ennuyeus), nous montre un aspect crucial de la psychologie appliquée aux investisseurs, en faisant ressortir le danger de trop s'exciter et de devenir un hyperactif de l'arbitrage quand on gère son argent durement gagné.

La leçon de bon sens qu'apporte Allan est que si vous cherchez trop à vous amuser ou à éprouver des émotions, il y a des chances que vous le fassiez mal.

Une contribution importante sur le sujet de la gestion financière et celui des profils d'investisseurs.


"Osez être ennuyeux" (Dare To Be Dull)

par Allan S. Roth, WEALTH LOGIC, LLC, Colorado Springs (USA)

Novembre 2006

La finance comportementale explique bien des erreurs que nous faisons tous en croyant agir comme des individus logiques qui tentons de maximiser notre richesse. Beaucoup d'étudiants de la finance comportementale pensent que cette combinaison de psychologie et d'économie peut être utilisée pour faire mieux que le marché en tirant profit des erreurs des investisseurs. Je suis bien d'accord avec cette affirmation dans un monde théorique où il n'y aurait ni frais ni impôts.

"Gestion active" et arithmétique des coûts et des impôts

En réalité, il faut tenir compte des commissions d'achat - vente et de gestion, et aussi des impôts liés aux placements.  Si quelqu'un veut maximiser le rendement en utilisant la finance comportementale, il doit faire suffisamment mieux que le marché pour compenser ces coûts et ces impôts. Nos comptes mentaux peuvent nous conduire à croire que nous y arrivons, mais c'est mathématiquement très peu vraisemblable.

Wealth Logic a développé un modèle de simulation Monte Carlo qui a comparé une gestion active à coût relativement bas (1.0% par an) à une gestion à coût extrêmement bas (0.25% par an).  Quand on ajoute les coûts de transaction (marge entre cours d'achats et de vente) et les distorsions fiscales, vous pouvez voir qu'il y a plus de 2% de différentiel total entre les deux stratégies.

Comparaison théorique entre un portefeuille à gestion active avec 1% de commission annuelle et un à gestion passive avec 0.25% de commission

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Traduction des légendes :

 

A gauche: Frais effectifs 3,12% contre 1,07%

 

A droite: Probabilité que la gestion active fasse mieux que la gestion passive

  • pour 1, 2 ou 5 gestionnaires (échelle horizontale)

  • sur 1, 5, 10 et 25 ans (échelle verticale)

 

Maintenant, même avec le différentiel de 2% montré à gauche de l'illustration, chaque portefeuille à gestion active a 42% de chances de battre la stratégie de bas coût et optimisation fiscale pour chacune des années. La plupart des investisseurs actifs, toutefois, utilisent plusieurs gestionnaires ou fonds de placement et plus il y en a, et plus longtemps ils suivent cette stratégie, plus les probabilités empirent. Par exemple, un investisseur placé sur dix fonds durant 25 années a une probabilité inférieure à 1% de battre la stratégie de bas coût et optimisation fiscale.

Nous avons tendance à nous représenter nos rendements en chiffres nominaux, alors que ce qui compte c'est notre pouvoir d'achat REEL. Pour prendre l'exemple américain, de nombreux experts prédisent des rendements REELS à long terme situés entre 4 et 5 pour cent. L'investisseur moyen paye environ 1.4% en commissions plus 2% en impôts, soit encore plus que dans le tableau ci-dessus.

Comptes mentaux: avez vous vraiment gagné de l'argent à Las Vegas ?

C'est ainsi que les investisseurs compenseront à peine l'inflation. La plupart feront en réalité bien pire car il est vraisemblable qu'ils achèteront à prix élevé et vendront à prix bas, étant soumis à leur craintes et convoitises entraînant de mauvaises décisions. Pourtant, selon un sondage, l'investisseur moyen croit qu'il bat le marché de 3% par an. Ce phénomène de comptes mentaux montre que nous avons du mal à apprendre. J'appelle cela l'effet Las Vegas du fait qu'environ deux personnes sur trois que l'interroge à leur retour de Las Vegas me disent effectivement qu'ils pensent avoir gagné aux tables de jeux..Il est clair qu'on ne construit par les casinos pour donner de l'argent en cadeau.

Si vous placez directement en actions, vous pouvez éviter les commissions de gestion et ne payer que les courtages et impôts. Je vais toutefois vous avertir qu'il vous faut alors beaucoup d'argent pour éliminer le risque spécifique à chaque actif isolé. De plus, comme l'ont notés Brad Barber et Terrance Odean, plus vous multipliez les opérations, plus votre probabilité de sous-performer est élevée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Traduction des légendes

 

Soyez réalistes ! En corrigeant l'inflation et en se basant sur la réalité (comptes mentaux)

 

Les investisseurs compensent à peine l'inflation mais croient qu'ils battent le marché.

 

Las Vegas / déconnection de la réalité

 

Ligne horizontale :

  1. Rendement réel,

  2. Moins les commissions,

  3. Moins les impôts,

  4. Rendement réel effectif,

  5. Rendement réel perçu.

 

 

Une stratégie moins excitante, véritablement ennuyeuse, apparaît plus maline

La stratégie pour doubler facilement son rendement REEL est d'acheter des fonds indiciels à très bas coûts et fiscalement avantageux ou des fonds cotés en Bourse. En achetant des fonds à base très large, nous pouvons facilement éliminer le risque diversifiable. En achetant un éventail varié de classes d'actifs - des actions de plusieurs pays, des actions minières et de métaux précieux, des fonds de placement immobilier, et des obligations - nous avons des types d'actifs moins corrélés entre eux, ce qui réduit le risque dit "non-systémique". En rééquilibrant ces classes d'actifs de façon régulière, on minimise à nouveau le risque.

Le seul problème clé de cette stratégie est qu'elle est incroyablement terne et ennuyeuse, puisqu'elle continue à garantir mathématiquement de battre la grande majorité des investisseurs. Franchement, c'est pas excitant comme sujet de conversation dans un cocktail.  Tandis que rééquilibrer fait que vous devez vendre certaines des classes d'actifs les plus à la mode et acheter certaines qui sont en en baisse. La finance comportementale montre que la plupart des investisseurs feront exactement le contraire.

Ainsi, "Osez être ennuyeux" (Dare To Be Dull) utilise essentiellement la psychologie appliquée pour montrer aux investisseurs que la maximisation du patrimoine vient du triomphe des mathématiques sur l'émotion. C'est exactement son coté ennuyeux qui va contre tous nos instincts humains, et peu de gens seront assez audacieux pour résister à ces instincts. La résistance devient particulièrement ardue face à la masse d'argent que le secteur financier dépense en marketing  pour prendre dans leur nasse les émotions humaines et les exploiter.

Bien qu'émotionnellement peu attractive, cette stratégie a pour résultat de doubler le rendement réel par rapport à la plupart des investisseurs. Grâce au pouvoir des taux composés, ce doublement du  rendement réel peut facilement avoir pour résultat de réaliser son indépendance financière une ou deux décennies plus tôt.

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