Le capital #II B1 (The new capital)

Essai économique par
Peter Greenfinch

Partie B1 :
Détention, formes et composantes de valeur du capital.

(Voir aussi Parties A1, A2 et B2)

 

 Qui détient le capital ?

Que des nababs?

Le capital (notamment le capital propre, dit aussi "capital à risque"), qui le possède
vraiment ?

Dans ses diverses formes physiques ou virtuelles décrites plus bas ?

Nota: Laissons de côté les théories binaires qui considèrent qu'il n'existe pas de
capital sans une catégorie sociale dominante bien délimitée appelée "les
capitalistes"
décidés à dominer une autre catégorie bien plus large nommée

"les travailleurs".

Le capital est défini alors idéologiquement, au prix d'un certain amalgame comme
un "rapport social de domination" plutôt qu'un outil de production.

Centrons-nous ici sur ce qui dans la pratique détient directement ou indirectement
des parts de ce facteur de production.

Détention individuelle (actions achetées en bourse, outils professionnels).

La propriété du capital n'appartient plus seulement aux "capitalistes" purs et durs.

En fait le capital des grandes entreprises cotées est très souvent éclaté, sans
propriétaires
dominants. (après, à l'origine, avoir été souvent largement dans les
mains de ses entrepreneurs créateurs).

Encore que certains acteurs financiers en détiennent plus que d'autres et que,
nous l'avons déjà vu plus haut, une certaine reconcentration s'opère par le
développement de la gestion collective par des  institutions spécialisées, et
surtout du capital privé (au sens de non publiquement négociable car non côté
en bourse).

Détention collective.

Ainsi, non seulement il y a dispersion (et mondialisation) de l'actionnariat direct
pour les grandes entreprises mais aussi en contrepartie une collectivisation de la
détention du capital, sous la forme:

de fonds de placement et de pension, et de produits financiers complexes
    (par exemple d'assurance vie), distribués par les grands réseaux bancaires
    et financiers
et aussi bien entendu d'infrastructures publiques collectives, parfois
     multinationales

Les autres parties prenantes peuvent s'attribuer indirectement des droits qui
   amputent
ceux des détenteurs du capital.

Il peut s'agir de contraintes imposées :

sur la libre utilisation : choix par l'état des actionnaires dans les secteurs
    sensibles, limites de participation, obstacles au transfert d'actions à l'étranger...
sur l'activité : contraintes diverses sur l'activité économique exercée,
    sur la liberté de l'offre de produits (protection du consommateur),
sur la rentabilisation des fonds, par l'imposition discrétionnaire de charges
    (sociales, fiscales, bien entendu non négociables par les actionnaires...).

Le capital, qu'il s'agisse du capital financier, et bien entendu aussi du capital savoir, est
désormais diffus, quasiment collectif
, et non plus le propre de ce qu'on appelait la
classe capitaliste, au point que le mot capital désignait dans certains slogans cette classe
elle-même.

Professionnels du capital: écrans ou para-capitalistes?

Cette détention diffuse fait écran à une influence directe des actionnaires tant sur la
gestion de leurs avoirs.
Il s'est ainsi développé une professionnalisation du capital.

Les managers d'entreprises, gestionnaires de fonds, ingénieurs financiers,
banquiers d'affaire sont-ils des "capitalistes"
(au même titre que le seraient
les propriétaires), quelq que soitent les revenus qu'ils tirent de ces activités ?

Leurs intérêts propres peuvent différer de ceux de leurs mandants détenteurs
du droit de propriété, dont ils sont les mandataires ("agents").

On a ainsi le "problème principal-agent", appelé aussi "problème de l'agence" :
le payeur est peu décideur et peut se faire "avoir" par le décideur qui peut faire
passer ses propres
intérêts avant les siens.

Il n'est pas rare que des managers de grosses entreprises, souvent surpayés,
tournent rapidement, et tendent à se centrer sur les résultats à court terme.

Au total, avec cette large diffusion, et cette professionnalisation en contrepartie, a été
franchi ce que les théoriciens des systèmes appellent  le seuil de percolation ou la
masse critique
,
au delà duquel le phénomène "capitaliste" change de nature.

Les exemples des fonds de placement et du capital non coté

Il y a un fort développement des fonds

en actions cotées (ainsi que de produits d'épargne financière complexes
    reposant sur ces fonds et des contrats dérivés)

et, de plus en plus, en actions non cotées.

Cela est censé redonner du pouvoir aux actionnaires, par l'intermédiaires de
gérants de fonds qui soit interpellent directement les dirigeants, ou procèdent
à des arbitrages en défaveur des entreprises mal gérées (ou surcotées).

Cela permet en principe d'atténuer les spéculations exubérantes et de mieux
lisser la valeur du capital, quoique la garantie, et la transparence, soient loin
d'être totales.

Concernant les fonds de "capital-investissement", autrement dit en capital
non coté
, ils évitent certes à l'actionnaire de subir la volatilité boursière et
limitent par ailleurs la gestion à court terme des dirigeants d'entreprise.

Mais d'un autre coté, des gérants de fonds peuvent manipuler la valeur
apparente des titres, en recourant à l'endettement du fonds ou bien par
des transactions entre plusieurs fonds "à prix d'amis".

Voir à ce sujet les remarques faites dans une page précédente:
"Comment est né et s'estdéveloppé le capital".

En tout cas, nous l'avons vu, tout cela rend le capital plus collectif,
l'actionnaire se trouvant à la tête d'un portefeuille et non de titres individuels.

Cela virtualise encore plus la propriété et éloigne encore plus le
     propriétaire de la détention directe d'actifs de production.

A noter que certains fonds, dénommés "indiciels", misent sur le comportement
d'une bourse en général, et non sur des actions en particulier. Bon, dans ce
cas l'actionnaire abandonne tout pouvoir sur les actions individuelles mais
d'autres part il est moins soumis aux comportements de chacune. La virtualisation
de la propriété est quasi totale et cela commence à ressembler à la loi du moindre
effort, à l'abandon de toute prérogative de gestion tant de la part du détenteur
de capital que du mandant chargé de gérer le fond.

On peut aussi parler de certains projets, tels que celui que j'ai proposé de titres
indexés sur le PIB
, permettant de miser sur les performances de l'économie en
général.

Entreprise étendue, clients actifs : qui a, et où est, le capital ?

Les entreprises étendues ou en réseau sont un mode d'organisation de la
production de plus en plus courant. On peut prendre l'exemple d'une franchise,
d'un consortium, d'un projet complexe faisant intervenir de nombreux sous-
traitants. En général une entreprise "plateforme"  a un rôle de pilote, et bien
entendu cherche à tirer la meilleure part de la chaîne de valeur totale.
Mais les autres entreprises, sélectionnés en fonction de leurs "avantages
compétitifs" optimisent ceux-ci.

Il y a alors également chaîne ou pyramide de capitaux (et aussi de métiers,
dans notre monde actuel, ce qui concerne l'évolution du capital concerne en
parallèle celle du travail) qui se conjuguent pour alimenter l'activité. La valeur
du "capital" mis en jeu sur l'ensemble de cette chaîne est influencée par les
résultats et perspectives de ladite activité et la position de chaque intervenant
dans la chaîne.

A noter qu'également les clients de l'entreprise font partie de son goodwill,
et donc ont un pouvoir sur elle, donc sur le capital. Ils sont en mesure d'exiger
des satisfactions.
Ils peuvent même faire partie de la chaîne de résultat et du réseau de
production
en agissant sur l'offre et pas seulement la demande. Voire en
réalisant une partie de la production / distribution (self-service)

Par exemple, dans le domaine de l'information et plus généralement de la
création de contenus, le public passe en partie de l'état de récepteur à celui
d'émetteur, les particuliers ayant leurs propres sites ou participant à des blogs
accessibles du monde entier. De plus ils exigent l'interactivité même de la part
des grands médias. En fait ils sont acteurs et non simples consommateurs
dans les réseaux de production indiqués ci-dessus. Voilà un domaine hybride,
où les grands médias, même s'ils se concentrent de façon qui peut sembler
oligopolistique, perdent une part de leur audience, et qui passe du capitalisme
à un mix capitalisme - coopération.

 Quelles sont les formes et composantes du capital ?

Un catalogue inépuisable.

On ne peut plus définir le capital, c'était la vieille idée, comme seulement ce qui a
été investi
en moyens de production.

On se rend compte de plus en plus que le capital est l'évaluation des perspectives
économiques
que ces investissements peuvent apporter, telles que les estiment les
opérateurs des marchés de capitaux.

Ceux-ci utilisent tant des critères objectifs (actualisation des cash flows futurs) que des
critères comportementaux.

L'évaluation d'une entreprise ne part plus de l'accumulation historique de moyens
et de financements dans le bilan comptable.

Elle part maintenant  du goodwill, tel qu'il est contenu dans la valeur de  marché.

C'est ainsi que se sont orientées les nouvelles normes comptables, basées en
partie sur cette valeur de marché ou des critères inspirés du marché.

En particulier, la financiarisation (multiplication des outils financiers et des transactions
financières) relativise la notion  de capital ou du moins, la diversifie (capital
financier vs capital comptable vs capital économique vs moyens de production
physiques).

S'insère de plus en plus la notion de"capital savoir" dans notre civilisation de
l'information.

Essayons de nous y retrouver

1) Diverses formes au niveau des "actifs" de production.

Au niveau du bilan comptable, le capital mesure l'actif net (patrimoine de l'entreprise
après déduction des créances), ou plutôt (puisqu'il est inscrit au passif) le droit des
actionnaires sur l'actif net
, ou, dans une optique pratique et utilitaire, sur les
revenus qu'il procure
après déduction de ce qui est payé aux autres parties
prenantes.

Que comprend le patrimoine de l'entreprise, qui lui sert à produire? Il inclut:

Les investissements matériels (les immeubles, machines..., autrement dit
   les outils).

Au niveau comptable, le stock d'investissements physiques réalisé (immobilisations
matérielles) est l'un des actifs de l'unité de production (même si les nouvelles
normes ne l'évaluent plus systématiquement à partir de leur valeur historique
mais de leur valeur de marché ou d'usage).

Rajouter bien sûr l'immatériel (brevets, logiciels, marques...),

en y incluant aussi bien entendu le goodwill, comme vu plus haut.

Les liquidités de l'entreprise sont en partie du capital productif (besoin de FR)
   en partie une sorte d'épargne libre.

Elles permettent de faire face à des mauvaises surprises, saisir des opportunités
(bon, dans ce cas l'argent serait peut-être mieux employé par les actionnaires
eux-mêmes s'il leur était redistribué).

Le capital du point de vue économique pour l'entreprise n'est pas pas la même chose
pour un travailleur indépendant, une industrie lourde, une boîte de logiciels,  un labo
pharma (avec brevets), une mine d'or (avec gisements), une banque ou compagnie
d'assurance (avec un portefeuille de contrats longs), une maison de champagne
(avec 4 ans de stocks), etc...

 

Le rôle du capital humain

La compétence peut être assimilée tant à du travail que du capital.

Il est certain que la compétence donne un pouvoir en soi qui commence à
concurrencer le capital financier et le travail tant dans l'origine des
richesses que la répartition de celles-ci.

Cet aspect est développé dans la partie B, au chapitre sur le travail.

2) Diverses formes du capital au sens plus large
    de droit de possession / propriété

Capital propre vs. dette,

Il y a une différentiation entre capital propre (dit aussi capital à risque, encore
qu'un prêt est également risqué) et capital emprunté.

Cela dit, certains théoriciens ont eu tendance à tout mettre dans le même sac,
comme par exemple:

* Les marxistes, qui considéraient, dans leur boulimie étatique, que la
   propriété de tout cela doit être commune à la collectivité,

* L'école de Chicago, avec Miller-Modigliani qui a avancé, inspirée par les
   grands lacs,
que peu importe la source de financement, c'est la rentabilité

globale qui compte.

On peut quand même dire que la dette financière de l'entreprise, celle qui est
contractée à long terme, est une forme de capital investi, ou du moins une alternative
au capital.

Bizarrement, en jouant sur l'arbitrage dette / capital, en réduisant le capital
(propre) en empruntant davantage, on peut dans une certaine limite augmenter
la valeur de ce capital propre (effet de levier).
Il y a alors un danger, une sorte d'aléa moral, si l'endettement est trop facile (taux
d'intérêts trop bas) d'aboutir à du "capitalisme sans capital".

Dans ce cas, la prise de risque est reporté sur les prêteurs, avec une certaine
déresponsabilisation des actionnaires, encore que ceux-ci prennent le risque d'une
forte volatilité du cours de l'action si la base en capital d'une entreprise est trop
faible.
Un levier trop élevé peut d'ailleurs se traduire au niveau du coût et de la valeur
de la dette (dans le cas d'obligations cotées par exemple) par une prime de risque
de niveau "junk" (pourrie).

Il existe par ailleurs des formules intermédiaires (obligations convertibles), qui rejoignent
d'ailleurs les dérivés

Enfin, en cas de location, le capital physique existe mais est extérieur à l'entreprise.

3) Démembrement et dérivés du capital,
    et élargissement à la palette des actifs négociables

Le capital est démembrable en droits de propriétés et outils financiers divers:

entre jouissance (revenus intermédiaires tels que "coupons")
   et nue-propriété (valeur in fine),

et aussi entre sa partie risque et sa partie revenus, et c'est là notamment
   qu'interviennent les contrats dérivés.


Il existe ainsi des outils de marché sous forme de contrats permettant de représenter,
coter et monnayer les valeurs attendues à des échéances données de chacun
de ces "morceaux"
: futures, options, warrants, swaps, etc (voir plus loin les
composantes du prix du capital).


En fait tous ces produits dérivés, d'ailleurs recombinables comme en biogénétique,
et aussi les divers montages à effet de levier, prennent le pas sur les titres primaires.

Les transactions sur ces dérivés sont bien plus importantes que sur les
"sous-jacents", les actions et obligations.

De plus, comme indiqué dans la section "à quoi sert le capital", la notion de capital
déborde de plus en plus la seule propriété de moyens de production
.

Elle s'étend à de nombreux autres titres et contrats contribuant à cette large palette
d'actifs financiers négociables.

On y trouve pêle-mêle les matières et l'énergie, les taux d'intérêts, les droits à polluer, etc.

L'énorme éventail d'instruments financiers, on en invente tous les jours, qui forment
ces multiples composantes du capital, et l'énorme machinerie de marché qui
actionne cet ensemble de courroies et d'engrenages, prennent le pas sur la matière
première, les titres directs de propriété et de créance.

Le capital fait place à un méta-capital.

4) Diverses formes au niveau de l'appréciation

Le capital est non seulement une actualisation économico-financière des revenus futurs,
à partir du taux de l'argent,
d'une prime de risque et d'un coefficient beta, mais aussi une perception mentale.

Et il n'y pas plus concret dans les phénomènes économiques que la perception.

Tenez, même si beaucoup de keynésiens n'ont pas compris Keynes,
ils ont au moins glané le mot "propension".

Exemples de facteurs de représentation mentale, pour prendre les plus "émotionnels" :

cupidité, peur, mimétisme, amour / haine, plaisir / souffrance...

Voyons ces questions de valeur du capital d'un peu plus près en B2

separ

Contenu de la section "économie" (en français) : 

Définitions. de base,  Nouveau capital (A1, A2, B1, B2), 

Gouvernement économique Yin-yang & curseur,  Nouvelle économie,  

Obligations indéxées PIBEconomie comportementale. Décision economique

      Dernière mise à jour de cette page: 29/07/15   
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