1c4. Biais comportementaux et efficience

Les biais comportementaux se compensent-ils

sur les marchés, les rendant efficients ?

par Peter Greenfinch (première publication le 29 janvier 2003)

 

   La thèse du lissage des écarts

Certains disent que les marchés peuvent être efficients même si les investisseurs
ont des biais cognitifs et émotionnels.

Une sorte d'auto-organisation collective lisserait les écarts.

Il y aurait deux raisons à cela

1) Certes, les investisseurs diffèrent entre eux dans leur attitude face aux risque.

Ils diffèrent aussi dans leurs estimations du risque / du rendement / du prix attendu,

ce dernier étant plus ou moins proche ou éloigné du "juste prix" théorique.

Toutefois, dans des marchés très liquides avec de nombreux acheteurs et vendeurs,

ces évaluations sont supposées se répartir selon une courbe gaussienne
(graphique en forme de cloche).

Il y aurait, selon cette hypothèse :

Autant d'investisseurs favorables au risque d'un côté de la courbe que
    d'investisseurs ayant une aversion au risque de l'autre côté.

Autant d'investisseurs qui sous-évaluent les actifs, d'un côté de la médiane
    - ou de la moyenne - de la courbe de distribution
des évaluations, que, de 

l'autre côté, d'investisseurs qui les surévaluent,

Une concentration des estimations près du prix médian / moyen, et une
     distribution harmonieuse et symétrique autour de lui.

=> Ainsi le prix de marché est supposé être égal à cette médiane / moyenne, et
      refléter la meilleure estimation de la "valeur réelle".

2) Même si cela n'était pas le cas, et si le prix de marché était devenu trop bas
       ou trop élevé comparé à la "valeur réelle",
les investisseurs les plus rationnels

       saisiraient l'opportunité.

Ils achèteraient ou vendraient jusqu'à ce que le prix corresponde au "juste prix".

Ils se lanceraient ainsi dans une course de vitesse, pour ne pas rater cette
"opportunité d'arbitrage"
.

=> De ce fait, très rapidement, le "juste" prix serait atteint et les cours onduleraient
      gentiment autour et très près de lui avec une faible volatilité.

Il ne resterait guère d'opportunité d'arbitrage valant la peine de se déranger.

  Deux réponses à cette thèse

Et si les erreurs s'ajoutaient au lieu de se compenser?

1) Rien ne prouve qu'il y a une distribution Gaussienne harmonieuse des attitudes
       et des estimations de prix des investisseurs.

2) Les investisseurs "rationnels" peuvent considérer que calculer des sous-
      évaluations ou surévaluations du marché
ne sert pas à grand chose tant que les prix

      des titres collent à une tendance et que celle-ci ne se retourne pas.

Dans cette optique, ils ont intérêt à jouer dans le sens de ces tendances, en tant que
"suiveur conscient (théorie des anticipations rationnelles, concours de beauté de
Keynes...), plutôt que contre elles.

=> Un tel comportement "ajoute" au momentum (ajout, rétroaction positive) au lieu
     de le modérer
(ce que ferait une rétroaction négative ou un retour à la moyenne).

Certains investisseurs influents (grosses mains ou leaders d'opinion) peuvent même
être tentés de "manipuler" le marché pour renforcer cet effet d'entraînement.

pi-egg.gif (104 octets)   Et s'il fallait mieux identifier ce que les
      investisseurs considèrent de "l'information"

Bien sûr, si nous définissons l'HEM (hypothèse d'efficience des marchés) comme la
réaction parfaite aux informations, ces exagérations rationnelles ou irrationnelles
peuvent être interprétées comme une version spécifique de l'HEM.

On pourrait l'appeler la "HEM dopée à la FC (Finance comportementale)" (*).

Les informations disponibles conditionnent certes le niveau des prix, comme l'indique
la théorie HEM.

Mais de nombreux investisseurs attachent plus d'importance à certaines informations
qu'à d'autres. Pour ceux-ci :

Les "informations exogènes"

autrement dit celles provenant
du marché financier: prix,
tendances...

ont plus

d'importance

que

Les "informations endogènes"

ce sont celles sur les fondamentaux
économiques : bénéfices, taux d'intérêt,
perspectives de croissance, risques et
incertitudes économiques...

(*) voir aussi le papier de Martin Sewell's sur la
"marche aléatoire à base de finance comportementale".

pi-separ.gif (1205 octets)

Première publication de cette page le 30 janvier 2003. 
Dernière mise à jour : 01/05/13
.

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