Contrib. 1e : Finance, et systèmes de pensée

Voici sans doute le thème le plus iconoclaste. Je pourrais sous-titrer "utilité et nuisance des
maths et de la philo, dans la finance, les sciences, et la vie".

Les mathématiques prédominent en économie et en finance. Elles apportent la rationalité.
Mais même Einstein considérait les mathématiques impropres à représenter fidèlement la
réalité.

Surtout, quand on passe à l'application, elles peuvent servir à habiller d'une trompeuse
apparence de rigueur des hypothèses arbitraires et illusoires.

Dans les faits, la méthode scientifique est "sous influence". Observation, intelligence,
raison et créativité doivent être au centre de toute approche théorique et pratique. Mais
cette approche est soumise

* au mode de pensée spécifique à chaque acteur économique ou théoricien  .

* et aux schémas de pensée en vigueur à un moment donné dans la collectivité .

Cette intrusion des philosophies dans la science est la meilleure et la pire des choses.
Comme d'ailleurs dans la vie (tant d'idéologies et de dogmes ont empoisonné celle de notre
planète). Mais elle est inévitable, surtout dans les sciences "molles" comme l'économie et la
finance. D'autant que c'est bien la collectivité qui "fait" le marché.

Otium nous livre ses propres réflexions sur le rôle des mathématiques et des systèmes de
pensée dans, notamment, la finance.

  Communication d'Otium, otium@online.fr, 15 juillet 2000

Composante personnelle

Je conseille de ne pas négliger Soros. Ce n'est pas un systématicien qui délivre LA recette
ficelée de a à z. Il apporte un témoignage vivant en prise avec le réel, les interrogations,
les circonvolutions  les réflexions, les doutes, les erreurs... Le tout laisse cependant son
fil directeur apparaître, à travers l'expression très personnelle de ses hypothèses
fondamentales sur la nature et le comportement des marchés.

Le plus important à en tirer est qu'il n'a pas de recette universelle, pas de ax+b=y
comme la plupart des autres. Il a plutôt un système perso de pensée, une métaphore
générale, un filtre de perception. Il montre aussi l'intensité et la profondeur du travail
nécessaire pour dégager une méthode opératoire d'après une conception. Chose à
laquelle personne ne peut échapper.

On découvre aussi que l'activité de marché n'est pas dissociable de la personne, de la
biographie, de la psychologie de chacun. Différence subtile entre méthode technique
et pratique artistique
(sans délirer sur ce côté artistique, SVP).

C'est d'ailleurs à mon avis une chose vraie partout. Les mathématiques sont un domaine
tout à fait comparable. On n'a pas plus de machines et de méthode automatique pour
démontrer le théorème de Fermat qu'en ont ceux qui démontreraient l'équation des marchés.
Et l'art et les manières que les humains ont de progresser dans ces mathématiques ressemble
beaucoup au travail d'un Soros. C'est très personnel, intime. C'est l'expression biographique
et philosophique des chercheurs.

Composante humaine ? Ou mathématique ?

Passer à Soros, c'est changer de niveau radicalement. On n'est plus dans le calcul,
fût-il différentiel, ce qui reste du calcul. Mais dans le processus d'élaboration de concepts
humains d'un monde infini et métaphorique.

La question se pose si les mathématiques pourraient avoir une existence i
ndépendante
de l'homme, s'il y aurait une "physique" universelle des mathématiques.
Ou si ce ne serait qu'une excroissance de la conformation de notre pensée, donc de notre
cerveau. On sait combien la numération procède du corps humain à l'origine ( les dix
doigts de la main tout simplement ); l'édifice entier n'est-il pas de même nature ?

Il est évident que l'économie n'est qu'une pseudoscience, comportementale ou sociologique.
La finance de même, évidemment. Tout ce qui se passe sur les marchés en découle et en
dépend.

Au bout du compte, il n'y a pas de mathématique des marchés financiers. Il n'y a que des
comportements
, une psychologie de masse composée de psychologies individuelles.
Il nous reste des longues séries, qu'on peut ériger en sorte de lois humaines. Mais jusqu'à
quand, jusqu'où ? (comme l'historique des rendements du capital sur les quelques
millénaires de l'humanité, qui converge vers 5 %).

Par ailleurs, le décryptage des accidents locaux procède de l'esprit du décrypteur,
autant que des phénomènes observés.

Ainsi, ce qui a entièrement déterminé toute ma méthode personnelle d'analyse, les patterns
trouvés, les méthodes de profit, la gestion du risque, le choix de travailler plutôt que de
profiter en dormant, etc..., c'est :

* ma conception perso du monde (elle est marxiste, et notamment historique à longue
   durée - mon premier domaine de compétence, profondément ancré),

* elle-même liée à mon angle d'attaque des marchés (construit sur la peur panique de
   mon enfance en réponse à celle de mes parents, etc...).

Composante sociale

Même la théorie de la Gestion de Portefeuille n'est qu'une expression sociale. En rien
une science ou une méthode. Et sûrement pas exacte. Même en tant qu'heuristique,
ça ne vaut rien.

Au delà, le fait que la recherche financière se soit orientée vers par exemple les théories
du chaos, après avoir exploré les statistiques et les probabilités, n'est qu'un fait sociologique.
Ce n'est qu'une vision du monde, qui appartient au monde, qui se transmet à la finance
comme partie du monde. La vision qu'ont les humains du monde financier n'est qu'une
transposition de la vision générale du monde.

L'histoire des probabilités, que je connais bien pour l'avoir beaucoup enseigné, est
passionnante. J'ai découvert qu'elle concordait avec l'histoire des méthodes de gestion
financière connexes. On connait bien l'essentiel, avec Bachelier, Borel etc... En fait,
ça peut être affiné, ça concorde toujours. Maintenant, on a eu Mandelbrot, les fractals,
le chaos déterministe, etc... et ça continuera.

On peut aussi lire les marchés financiers d'une autre façon, et Soros est assez original,
plus politique, très philosophique, ancré dans un théorie sociale de l'humanité. J'aime
beaucoup. Comme j'aime les cycles mis en exergue par les économiste russes poussés
par le marxisme ambiant de la pensée économique. Ce sont des lectures financières
enrichissantes.

separ

Dernière mise à jour de cette page : 01/05/13.
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