Analyse financière / peter greenfinch / ch.3

Qu'y a-t-il dans un bilan ?

par Peter Greenfinch

pi-egg.gif (104 octets)  Les deux grandes parties du bilan : Actif et Passif

Le bilan comptable d'une entreprise est un document de synthèse est établi au
minimum chaque fin d'année, dans la joie ou la tristesse selon la situation des
comptes.

Il donne un aperçu du patrimoine de l'entreprise et de sa structure financière.

Il doit permettre notamment de juger si cette structure est "équilibrée" (non pas
selon des canons esthétiques, mais essentiellement sur le plan de la solvabilité,
nous y reviendrons) ou bancale.

Le bilan est une armoire à deux portes bourrée d'étagères, une liste chiffrée
présentéeen deux parties:

1. L'ACTIF, qui répond à l'une des plus grandes questions existentielles de
   
l'être humain : "Où est l'argent ?".

Cette partie détaille, par grandes catégories, tout ce que l'entreprise
possédait
à la date du bilan.

Elle donne les noms de ces possessions seigneuriales et la valeur comptable
de chacune.

2. Le PASSIF, qui répond à l'autre question éternelle :
     "D'où vient l'argent ?".

Cette partie donne le nom et le montant de chacune des sources de
financement
du patrimoine (lequel figure à l'Actif, on vient d'en parler),
à ce jour précis.

Oh beauté de la métaphysique comptable, le total de l'ACTIF (état du
patrimoine) est forcément égal au total du PASSIF (sources qui financent
du patrimoine).

Donnons un exemple des principales rubriques ("postes" disent les comptables)
du bilan, avant de préciser ce que chacune regroupe.

Bilan (très résumé) de SOUPE S.A. (31.12.05, en milliards d'Euros)

ACTIF

PASSIF

Immobilisations (nettes)

Valeurs d'exploitation (stocks...)

Réalisables et disponibles

Perte

12,20

3,50

5,80

0

Capitaux propres

Subventions, provisions

Dettes à long / moyen terme

Dettes à court terme

Bénéfice

7,30

0,80

6,00

6,80

0,60

Total ACTIF

21,50

Total PASSIF

21,50

 

Commentaires sur les postes de l'Actif

pi-arrig.gif (1666 octets) Les Immobilisations

Le poste des "immos" pour les intimes, regroupe : immeubles, matériels,
brevets, fonds de commerce, participations dans d'autres entreprises.

Il détaille en quelque sorte la boîte à outils, tous les ustensiles durables qui
permettent à l'entreprise de travailler.

Durables, d'accord, n'empêche que le grand drame des immobilisations, c'est

que la plupart perdent de la valeur avec le temps, comme votre vieux vélo
rouillé ou votre Falcon jet privé.

Cette dévalorisation, déduite de la valeur comptable, s'appelle les
amortissements.

Les immobilisations nettes sont la différence entre les immobilisations
à leur valeur d'achat (immos brutes) et ces amortissements.

pi-arrig.gif (1666 octets) Les valeurs d'exploitation. Ce poste regroupe :

pi-arrig.gif (1666 octets) Les valeurs réalisables et disponibles. Cela regroupe :

pi-arrig.gif (1666 octets) Attention : des "Provisions" sont déduites
    de certaines valeurs d'Actif

Il n'y a pas que les immobilisations qui se déprécient.

Les malheurs de la vie font que les stocks aussi peuvent perdre de la valeur,
et que certaines créances peuvent devenir impayées et irrécouvrables.

Les comptables appellent ces dépréciations des "Provisions".

C'est pourquoi ce qui apparaît au bilan, c'est la valeur nette comptable
des stocks, des créances, etc. après déduction de ces provisions.

Voici venu le moment de vous révéler, vue que vous m'inspirez confiance,
qu'en dehors du bilan, on établit en fin d'année un autre compte tout aussi
important, le "compte de résultat".

Nous le décrirons dans d'autres chapitres [à partir du ch.5]. Il sert en
particulier à calculer le bénéfice annuel.

Et pour le déterminer, les comptables doivent déduire également les
amortissements et provisions, considérant qu'il s'agit de coûts.

Enfin, pas tous ceux qui sont au bilan, seulement ceux qui concernent les
dépréciations de l'année.

Depuis l'invention (lointaine) de cette comptabilité "en parties doubles",
ces gens industrieux font systématiquement deux choses simultanément
(ici, déduire deux fois les amortissements et provisions) et cela pour un
seul salaire!

Commentaire sur les rubriques du Passif

pi-arrig.gif (1666 octets) Les Capitaux propres. Ce poste regroupe essentiellement :

(*) Il est comptabilisé, regardez bien le bilan représenté plus haut, sur une
      ligne à part.

Cela surprend toujours les non initiés de voir le bénéfice inscrit au Passif.

Ils tombent encore plus de leur chaise quand il y a une perte, car celle-ci s'inscrit
à l'Actif.

Subventions, provisions (de passif)

Les Subventions reçues figurent au bilan.

Mais on ne les comptabilise pas dans le poste Capitaux propres puisque leur
source de financement ne vient pas des actionnaires.

Certaines provisions (que l'on a déduit des bénéfices) ne concernent pas
un actif particulier, ou bien sont très incertaines et correspondent à une simple
précaution et non une dépréciation déjà survenue.

Au lieu de les déduire des valeurs d'Actif, on porte ces provisions au Passif,
un peu comme s'il s'agissait d'une dette à payer un jour.

Elles non plus, ne sont pas considérées comme Capitaux propres : cet argent
n'appartient pas avec certitude aux actionnaires, puisqu'il existe un risque de
les perdre.

Dettes

pi-arrig.gif (1666 octets) Attention, il n'y a pas que l'Actif et le Passif :
    furetez dans les autres tiroirs !

Le Bilan (comme le Compte de résultat, nous le verrons, n'est pas une simple liste
en deux parties.

Il comprend aussi des notes et annexes.
Il est impératif de les lire
si l'on veut comprendre les chiffres de bilan.

C'est souvent même la partie la moins ennuyeuse, parfois pleine de surprises...
pas toujours très bonnes !

De plus, certaines dettes potentielles, mais peu certaines, ne figurent pas au bilan
mais dans le "Hors- bilan".

C'est le cas des garanties accordés à un banquier pour couvrir les risques d'un
prêt qu'il a fait à une filiale de l'entreprise.

pi-arrig.gif (1666 octets) pi-arrig.gif (1666 octets) Remarque:
       Incidence des normes comptables internationales
      ( IAS / IFRS )

Sachez que de nouvelles normes comptables internationales
( IAS / IFRS )
ont été mijotées afin de pouvoir comparer plus
facilement les comptes des entreprises d'un pays à l'autre.

Les bilans des sociétés lettones ou javanaises n'auront plus de secret
pour vous !

Ces normes sont désormais entièrement applicables aux sociétés cotées
en bourse. Puis elles le seront progressivement aux autres.

Ce que cela change

Les innovations majeures qu'apporte l'application des normes
IAS / IFRS sont que:

* Certains postes d'Actif du bilan, notamment les Immobilisations,
sont chiffrés non plus en fonction de l'historique comptable (valeur
d'acquisition moins amortissements), mais à leur valeur de marché
(autrement dit le prix auquel on les sachète et se vend couramment)
ou à défaut à une "juste valeur" estimée en fonction de critères de
marché,

* Certaines Provisions ne peuvent désormais apparaître au Passif
que si elles ont un véritable caractère de Dettes.

* Par contre certains engagements futurs (par exemple, de retraite
spéciale  des salariés) doivent figurer au bilan et non plus en hors bilan.

Conséquences :
c'est plus juste, mais ça bouge tout le temps.

Les normes IFRS donnent, ne boudons pas notre plaisir, une image,
certes plus instable
, la photo est un peu floue, mais plus juste de la
situation d'une entreprise.

* Le montant de ses Capitaux propres, apparait souvent plus élevé
dans le nouveau système.
En contrepartie, diront les esprits chagrins, ceux-ci apparaissent
moins stables: ils varient en fonction de la valeur de marché
des divers éléments de bilan.
Mais ne sommes nous pas dans un monde où tout bouge ?
La comptabilité aussi prend le parfum de l'aventure.

* Au niveau du Compte de résultat, l'incidence sur le Résultat
final
affiché diffère selon le type d'entreprises.

Il y aussi des différences d'appellations de certains soldes. Celles
concernées sont indiquées dans la page correspondante des
soldes intermédiaires de gestion.

Valeur du patrimoine :
   Actif net, Capitaux propres

Actif net comptable

Si l'on prend la valeur de tout le patrimoine (donc le total de l'Actif), et que l'on
enlève la partie qui sert à "couvrir" les dettes figurant au Passif, on obtient
"l'Actif net comptable", appelé aussi "Situation nette".

Dans l'exemple, 21,5 (actif total) - 12,8 (dettes) = 8,7 (actif net comptable)

Déduire ses dettes de son patrimoine, ça relativise la richesse !.

pi-arrig.gif (1666 octets) De l'Actif net aux Capitaux propres.

Vous remarquerez que ces 8,7 sont égaux à la somme

* des Capitaux propres (7,3+0,6), si on suppose que le bénéfice sera mis en
   réserves

* et des Subventions / Provisions (0,8).

C'est normal : on calcule l'Actif net comptable en enlevant les dettes du total
de l'Actif, ce qui est la même chose que si on les enlevait du total du Passif.

Il ne reste donc alors dans celui-ci que les Capitaux propres et Subventions /
Provisions.

pi-arrig.gif (1666 octets) Actif net réel (ou Actif net corrigé),
    Capitaux propres corrigés

L'Actif net comptable ne donne qu'une valeur "historique" de l'entreprise.
En effet son calcul prend en compte le prix d'achat des immobilisations, hep,
ne jetez pas les factures, diminué des dépréciations théoriques constatées
au fil du temps (amortissements).

Seulement voilà, entre valeur historique ou théorique d'une part, et
valeur réelle d'autre part
, il peut y avoir un fossé, plus ou moins large et
profond, à combler si possible quand on fait une analyse.

Il est vrai que les nouvelles règles de présentation des comptes,
indiquées plus haut, changent quelque peu cette optique
comptable jusque là tournée vers le passé
.

Toujours est-il que l'Actif net réel (souvent appelé aussi Actif net corrigé,
comme si le pauvre avait été puni), bien que difficile à estimer, est en général 
différent de l'Actif net comptable
.

Il est par exemple supérieur

  * si les actifs ont pris de la valeur

  * et/ou si les amortissements et provisions(déduits des valeurs d'actifs) sont
     plus élevés que la dépréciation réelle.

Pour obtenir l'Actif net réel, on prend, non pas la valeur comptable, mais la
valeur marchande estimée
des actifs "vendables"

(immobilisations, stocks, voire l'ensemble de l'entreprise...).
On élimine ainsi des actifs sans valeur marchande : "non-valeurs" et autres
"survaleurs"
.

Ah, j'oubliais, en jargon d'analyste, corriger se dit aussi "retraiter".

Reprenons l'exemple de SOUPE S.A.
Supposons que nous ayons assez d'information pour :

  • Estimer la valeur réelle de ses "Immobilisations"; à 18 milliards,

  • Considérer que le poste "Valeurs d'exploitation" ne vaut que
    3 milliards (une partie des stocks est formée de "rossignols"
    manifestement invendables),

  • Ramener à 5 milliards les "Valeurs réalisables et disponibles"
    (un gros client vient de tomber en faillite, et ne payera pas ses
    factures).

=> Si l'on corrige le bilan avec ces nouveaux chiffres (il suffit d'additionner
      18 + 3 + 5), la valeur "réelle" (disons plutôt "estimée") de l'Actif est de
      26
milliards.

=> Si l'on déduit les dettes (12,8), nous estimons l'Actif net réel à :
      13,2
milliards.

Si l'on veut arriver aux Capitaux propres corrigés, on déduit de cette
Actif net réel les Provisions / Subventions (0,8).
On tombe ainsi à 12,4 milliards.

On peut aussi, mais n'insistons pas, corriger les Provisions si l'on subodore :

  • d'autres risques de pertes non pris en compte,

  • ou à l'inverse des récupérations de valeur (il semble que l'entreprise va
    finalement gagner un procès qu'elle risquait de perdre) non encore
    comptabilisés en annulations de Provisions, (appelées aussi "reprises").

pi-arrig.gif (1666 octets) Capitaux propres : cas des bilans consolidés

Une entreprise, dite "société-mère", qui possède d'autres sociétés, dites
"sociétés-filiales"
, doit faire un "bilan consolidé".

Il s'agit d'additionner dans une seule marmite comptable tous les actifs et passifs
de ce "groupe"(avec quelques corrections pour ne pas compter la même chose
plusieurs fois)

Mais une partie des actions des filiales appartient habituellement à d'autres
actionnaires que la société-mère. On ne les appelle pas pour autant des beaux-
pères.

Pour en tenir compte, dans un bilan consolidé, les capitaux propres (et aussi les
bénéfices) se divisent en deux lignes :

Notre prochain chapitre [ch.4] parlera des équilibres de bilan,
et abordera de ce fait la sacro-sainte "méthode des ratios"

pi-separ.gif (1205 octets)

Publié sur les sites :
    pi-arrig.gif (1666 octets)p. greenfinch [ch.1 ][ch.2 ][ch.3 ][ch.4 ][ch.4bis ][ch.5 ][ch.6 ][ch.7 ][ch.8 ][ch.9 ][ch.10 ]
et
Zonebourse, (ch. 1/2/3 seulement, en 10/ 2000, rubrique "Analyse Fondamentale"

Voir aussi évaluation comportementale : bases [ch.1][ch.2] + utilisation [ch.1][ch.2][ch.3]

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