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Analyse financière prospective

par Peter Greenfinch

voir aussi page miroir

  Distinguer les entreprises myopes de celles qui repèrent les opportunités

Les goûts évoluent, les techniques changent. OK, le monde tourne, en voilà une nouvelle, direz-vous !

Oui, mais, derrière cette banalité se cache une surprise, elle à peine croyable.

Le plus souvent, z'allez pas le croire, la surprise est que les entreprises des industries menacées

dédaignent pour la plupart d'exploiter ces changements.

Cette arrogance, myopie, ou timidité, laisse le champ libre à d'autres.

Exemple: les matériaux composites, ignorés des aciéries, de profundis, devinrent ainsi le lot des chimistes, alléluia.

C'est là que des envahisseurs, des aventuriers profitent du sommeil des monarques installés pour tenter de s'emparer

de leur royaume en s'introduisant subrepticement par les souterrains.

Ils ne réussissent pas tous, certains ont des déconvenues

(voir, dans la page types d'images, les "valeurs dites d'avenir / préémergentes").

Mais d'autres deviendront les nouveaux empereurs de la galaxie.

Ces attaquants furtifs sont de deux sortes:

soit des pionniers sortis de nulle part,

soit des affaires déjà existantes, mais situées dans un secteur d'activité parallèle.

Pourquoi cette myopie chez ces ex-championnes ?

Elles sont prisonnières de leurs racines naturelles (toujours se méfier des racines, on n'est pas des légumes !),

et notamment de :

Leurs types de compétences, souvent antagonistes des nouvelles techniques et méthodes devenant nécessaires

Leurs investissements lourds restant à amortir, qu'il faudrait pourtant mettre à la ferraille

pour faire d'autres choses et d'autre façon

Ca, c'est l'aspect rationnel, bien qu'il soit à courte vue. Mais de plus certains blocages mentaux interviennent

(en avant toutes, pour une petite révision de vocabulaire de finance comportementale),

Elles sont victimes du quasi général délai de percolation / émergence de toute nouveauté,

C'est le cas notamment s' il s'agit de "signaux faibles" vis à vis desquels il faut une forte curiosité

et un grand esprit d'anticipation et d'initiative pour éviter la "sous-réaction",

Leurs dirigeants sont tenues par leurs engagements psychologiques et ancrages mentaux,

Ils sont enfermés dans leurs croyances, habitudes et schémas de pensée traditionnels, d'où une "sous-réaction",

Courage, montons encore d'un cran : leur dissonance cognitive s'abrite derrière des rationalisations mentales,

Celles-ci consistent à prétendre que leurs vielles productions ou tout simplement leurs habituelles

façons de faire, restent promises à un avenir aussi serein que brillant.

Glissez négligemment cette dernière phrase, d'un trait sans respirer, dans vos conversations,

et vous commanderez un certain respect.

  Le tableau des questions à se poser (*)

Le but de ce petit pense-bête - excusez le terme, il concerne tout autant l'auteur :) - est de juger

si l'entreprise peut assurer son avenir.

Il devrait figurer à la fin de toute analyse financière, juste avant la fiche d'évaluation.

(*) Voir la page Presentation d'une analyse.

De plus une analyse "SWOT analysis" (Strengths, Weaknesses, Opportunities, Threats,

ce qui se traduit par Forces, Faiblesses, Opportunités, Menaces)

couvrant les domaines ci-dessous peut aider à alimenter le tableau.

Quelles évolutions

Peuvent avoir un

effet décisif sur

Technologiques

Sociologiques

Economiques

Géopolitiques

Autres

1) Les ventes

         

2) La production

         

3) Les prix

         

4) Les coûts

         
.

Facteurs nouveaux (ou existants)

qui auront le plus d'impact

Dans quelques mois

Dans quelques années

Sur les zones géographiques

d'activité

   

Sur le secteur d'activité

   

Sur l’entreprise

   

Vous voyez là que le vent dominant qui pousse ou refoule la société peut changer plusieurs fois.

Dans des secteurs très instables, une mutation peut surgir dans les prochains mois,

puis une autre ou plusieurs autres dans les prochaines années.

Un exemple

Prenons un producteur d’aluminium, entreprise très sensible à la conjoncture. Eh oui, ce métal ne sert pas qu'à faire

des casseroles et des canettes, mais aussi des pièces d'autos, d'avions, de bâtiments et de machines.

Pour corser le jeu, supposons le très endetté (petite transition vers le chapitre prochain) :

A court terme, si l'on entre en période de reprise économique, ses ventes et ses prix partiront allègrement à la hausse.

Ses bénéfices profiteront d’un "effet de levier" (plus il produit, mieux il couvre ses frais fixes)

et s’envoleront de façon spectaculaire.

Pourtant, à moyen terme, un facteur déterminant peut menacer ce beau parcours.

Par exemple (outre une rechute de la conjoncture) une hausse du coût de l’électricité plus forte que pour ses

concurrents implantés dans des pays où l’énergie coule à flots.

Et à long terme, que dire d'une possible conversion encore plus ardente de l’automobile à l’aluminium ?

Ou au contraire de la concurrence du titane et des nouveaux matériaux ?

Ou encore d'une plus grande concentration des producteurs permettant de mieux dominer les marchés

(les consommateurs apprécieront...) ou de réduire les coûts (émoi des salariés...) ?

  En bourse, utiliser ce décodage de l'avenir ...mais avec finesse

En Bourse, on peut donc, paradoxalement :

Jouer (provisoirement) une "mauvaise entreprise", si une amélioration, même temporaire et sans suite,

de ses résultats, non encore anticipée dans les cours, est probable.

Éviter (momentanément) une très bonne société si, par exemple, la conjoncture

de l'année prochaine ralentira brièvement son brillant parcours de premier de la classe,

ou si son cours de Bourse a dépassé les bornes du raisonnable.

Cela peut conduire, dans certains cas, à faire deux fiches d'évaluation :

L'une, à utiliser sans attendre, comme des œufs extra-frais,

établie en fonction de ce que le marché semble devoir prévoir prochainement

L'autre, qui regarde à plus long terme, à mettre en conserve (ah, les confitures maison !) pour l'utiliser plus tard,

juste avant que le marché ne se rende compte de l'erreur qu'il aura faite à court terme.

C'est insulter l'efficience du marché aussi bien que l'analyse de la valeur...

C'est politique, c'est opportuniste, c'est retors, c'est sournois et vicieux...

…Mais c'est aussi du bon sens.

PS. Ce sujet fait également l'objet d'une section dans la partie évaluation d'actions


Dans le prochain article [ch.3], nous reviendrons à l'analyse financière classique.

Nous parlerons des équilibres de bilan. Et là, entre autres, nous creuserons la question du niveau d'endettement.

C'est un indicateur crucial de la solidité d'une entreprise et il contribue aussi à l'effet de levier financier.

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Zonebourse, (ch. 1/2/3 seulement, en 10/ 2000, rubrique "Analyse Fondamentale"

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